Laurent Grisel
Déliés
Bienvenue aux étrangers.
Étrangers, vous n’êtes pas si nombreux. Pas assez !
Nombreux, si nous restons entre nous, le serons toujours trop.
Trop de bateaux noyés.
Honneur et omerta : en même temps tuer et être tué.
Justice militaire : une contradiction dans les termes.
Laver son linge sale en famille : toutes les générations les salir, de bas en haut et de haut en bas.
Trop d’entre soi. Où l’horizon ?
La balade infernale des cannibales.
Autrui mangé yeux fermés.
Avoir peur des rôdeurs, de tout.
Animal mangeant l’animal.
Et vous, d’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ?
Nous aussi nous avons des enfants.
Ils ne savent parler mais se regardent, petits grands sur leurs jambes,
s’approchent pour jouer.
Comment l’oublier, ce qui te vint brusquement devant la tombe ouverte.
La certitude d’être en terre. Et comme tu l’entendis, le lendemain, le lointain
parler de ses enfants, de sa mère, de la forêt.
De la forêt qui est et qui n’est sienne, ni nôtre.
Qui s’étend. Qui s’en va.
17 – 18 octobre 2004
http://poesieschoisies.net/
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